Cherchez l’erreur : démocratie, liberté, ET promoteur,
Par Jean-Pierre Benoist le dimanche 15 novembre 2009, 21:26 - Lien permanent
C'est l'histoire d'un promoteur et d'une association. Le promoteur veut promouvoir un projet délétère. L'association le combat. Le promoteur est au bénéfice de promesses de vente par les propriétaires des parcelles sur lesquelles il veut établir son projet.
Le projet s’appelle Chablais – Gare. Il a été rebaptisé « Chablais-Parc » ; si ce n’est pas de la poésie, c’est un mensonge, surtout quand il s’agit de couler des Himalaya de béton.
Le promoteur a conclu avec les propriétaires des terrains concernés par l'opération des promesses de vente.
Il s'est engagé à faire l'acquisition des parcelles pour le prix stipulé au contrat dès que les conditions suspensives seraient levées.
La quatrième condition suspensive stipulée concernerait l'absence de recours des tiers contre les permis de construire.
C'est une condition banale, que l'on rencontre dans tous les projets.
Pour que la promesse se réalise, et se concrétise dans l'achat fait par le promoteur, il faut donc qu'il n'y ait aucun recours contre les permis de construire. C’est le sens de la condition suspensive stipulée à son bénéfice exclusif.
Le promoteur vient d'écrire à tous ceux qui lui ont promis de lui vendre leur bien qu'il entendait proroger le délai, initialement fixé au 31 décembre 2008, prorogé une première fois au 31 décembre 2009, que cette fois il le serait pour le 31 décembre 2010.
Il expliquait dans son courrier qu'il y avait un os : une association dénommée Espaces Libres. L’audacieuse avait eu le toupet de former des recours contre les permis de construire.
Le promoteur écrit à ses promettants.
«Nous sommes convaincus que le recours formé par l’Association Espaces Libres est voué à l’échec pour la simple raison qu’il n’est pas fondé, toutes les contraintes posées par le Plan d’Urbanisme de la Ville et le règlement de la ZAC devenus tous deux définitifs ayant été respectées.
Notre avocat a confirmé récemment notre position à ladite Association en attirant son attention sur les conséquences de sa démarche en termes de préjudice du fait des retards qu’elle engendre».
La société VIRGIL n’explique pas les raisons pour lesquelles les promesses de vente ont été prorogées de décembre 2008 à décembre 2009. Elle veut aujourd’hui reporter la responsabilité des retards aux seuls recours contre le permis.
Peut-être cherche-t-elle par avance à se défausser sur cette petite association de l'impossibilité économique de poursuivre son programme ? Ce sont bien des menaces faites à cette association : si vous poursuivez votre contestation, nous vous assassinerons. Par la demande en réparation de notre préjudice, né du seul fait d’avoir exercé un recours qui engendre des retards.
Quoiqu'il en soit, la menace est bien là.
Cherchez l’erreur : démocratie, liberté, ET promoteur.
La loi, la constitution nous garantissent de nos libertés. Une liberté fondamentale est de pouvoir s’adresser à Justice.
Parallèlement, le promoteur a fait écrire un courrier de menaces par son avocat, directement à l’association.
Sa conception des libertés et des droits se résume ainsi : la liberté existe, dans les livres. La démocratie existe, ailleurs qu'ici. Ici, et dans la réalité, si vous exercez un recours, si vous saisissez un tribunal, si vous exercez les libertés qui vous sont accordées par la constitution, alors, vous vous exposez aux foudres du promoteur.
Il est légion. Au sens de Marc. (Marc 5 : 9) « Et, il lui demanda. Quel est ton nom ? Légion est mon nom, lui répondit-il, car nous sommes plusieurs ». Luc (Luc 8 : 30), précise : «Légion, répondit-il. Car plusieurs démons étaient entrés en lui ».
Ses démons se nomment : bénéfice, bénéfice, bénéfice, menace, menace, menace. Vous voyez qu’ils sont plusieurs !
(Oui, j’exagère, je ne suis pas contre tout bénéfice, je suis contre celui qui exproprie l’intérêt général, contre celui qui coule du béton au lieu d’aérer la ville).
C'est contre cette légion qu'il faut lutter. À peine de voir disparaître la démocratie, l'oxygène qu'on respire.
Et "Légion" a tort. C'est difficile quand on est légion d'arrêter la haine que mille démons font germer en vous ! Je blague.
La légion à tort parce qu'elle confond l'exercice d'un recours et le recours abusif. Le recours abusif c'est celui qui, sciemment, est exercé dans la seule intention de nuire. Les recours exercés par l'association, à ma connaissance, l'ont été par hostilité au projet. Je suis aussi hostile à ce projet. Je suis hostile à une municipalité qui poursuit un développement urbain de surdensification. L'association aussi, et c'est pour cela que je la soutiens.
Et il existe un argument encore supérieur.
Si donc le promoteur, la légion, était si sûr de la validité des permis de construire, alors expliquez-moi pourquoi il ne passerait pas outre les recours qui ont été introduits par l'association ?
C'est si facile pourtant. Il lui suffirait de renoncer à se prévaloir de la quatrième condition suspensive, celle qui vise l'absence de tout recours.
Mais, pourquoi diable, ne va-t-il pas écrire qu’il renonce à s'en prévaloir de cette quatrième condition suspensive ? Condition qui n'a été stipulée "que" dans son seul intérêt ? Il y renonce, il paye, et voilà. Pourquoi faire tant d'histoires ?
C'est tout simplement parce qu’il n'est sûr de rien. Ou parce qu'il ne veut pas payer aujourd'hui.
D'où les menaces qu'il profère.
Pauvre maire, pauvre majorité municipale. S’allier à ça. Quelle honte.
Et il y a encore pire. (Si, si, c'est possible).
Le promoteur - légion, cette engeance bénéfique-, n'y va pas par quatre chemins : il propose aux destinataires de sa lettre la création d'une association chargée avant tout de combattre les recours en annulation des permis de construire, il s'engage à la financer intégralement.
«Cela étant, il serait opportun, pour accompagner nos propres actions, que les Promettants se réunissent eux-mêmes au sein d’une association à constituer dont l’objet serait la défense de leurs intérêts et qui pourrait ainsi engager une procédure en justice contre l’Association Espaces Libres. Si tel était le cas, notre société serait prête à conseiller utilement cette nouvelle association en demandant à notre avocat de coordonner les procédures, étant précisé que nous serions disposés à supporter tous les frais engagés à cette occasion (frais de constitution, frais de procédure, honoraires d’avocat)».
C'est une forme de corruption.
Une association subventionnée, stipendiée est chargée d’agir contre l’Association Espaces Libres.
C'est le règne des concombres masqués. Ceux qui avancent toujours dans l'ombre. Ceux qui n'osent dire en face du soleil ce qu'ils sont, ce qu'ils font.
Inimaginable conception de la démocratie, la démocratie des coups fourrés. La démocratie des complots. Ces gens sont dangereux.

Commentaires
C'est vrai si le projet était "bon" le promoteur ne s'arrêterait pas à quelques membres d'une petite association, il débuterait ses travaux, surtout que le recours n'est pas suspensif, le maire et son adjoint à l'urbanisme ont reconnu lors de l'AG d'espaces-libres (oui ils étaient là) que le quartier serait dense pour des raisons économiques, donc vogue la galère, tant pis pour la qualité de vie des futurs habitants de chablais-parc et des autres, une nouvelle fois l'argent dirige tout, cela soutenu par des élus de gauche (!!) la nouvelle association lutte pour les avantages de ses adhérents, espaces-libres lutte pour la collectivité, c'est là la différence. peut-être que le promoteur profitera du recours pour tout annuler, cela le sauvera d'un échec dont il est responsable avec le maire
Oui, le recours n'est pas suspensif. Tu as entièrement raison d'insister sur ce point. Il démontre, avec le pouvoir pour le promoteur de renoncer à la condition stipulée à son seul avantage, qu'il profite des recours pour différer son projet, attendant des jours meilleurs sans doute.
S'agissant de la présence du maire, peux-tu la confirmer ? S'il s'agit d'une assemblée générale d'une association, à quel titre était-il là ? Pour faire pression par sa présence ?
ils y ont été invité par Espaces Libres, cf leur blog.
Je pense l'idée très intéresante
ils y ont été invité par Espaces Libres, cf leur blog.
Je pense l'idée très intéresante
effectivement M.le Maire uniquement a été invité par l'association, bien sûr qu'en venant en "force" leur but était, peut-être d'intimider, mais surement d'essayer de convaincre, à perte 25 oui 2 non, leurs discours bien menés n'ont pas réussi à faire changer d'idée, par contre aujourd'hui ils ne peuvent plus dire que le recours est du fait que du bureau ou du président, l'AG est souveraine, les représentants de l'autre association n'ont même pas ouvert la bouche, c'est dire leur conviction et leur assurance!!
bonjour,
je me permets de répondre à M. Bob l'éponge car directement visé.
je suis le président de cette nouvelle association de défense pour le projet chablais-gare.
j'ai reçu, tout comme M. le maire, une invitation à venir participer à l'A.G d'Espaces libres parM. Guy
notre association a récolté 60 signatures en 4 jours de personnes favorable à ce projet.
majoritairement, ce sont des personnes travaillant sur annemasse, habitant d'annemasse ou tout simplement consommateur sur annemasse (si,si, cela existe encore !!!)
nous avons volontairement oublié de le proposer aux propriétaires concernés par le projet (pour le moment).
je ne suis moi-même que locataire dans cette zone.
quand à prendre la parole le soir de l'A.G, d'une part ,nous étions convié à écouter les arguments d'espaces libres, d'autre part, les rares fois ou j'ai voulu prendre la parole, comme d'ailleurs quelques personnes d'espaceslibres, j'ai été coupé (ignoré devrais-je dire mais je ne m'en formalise pas plus que ça) pour le bon déroulement je pense de la réunion.
je vous confirme en revanche notre profonde conviction et notre assurance sur le bien fondé de ce projet dans sa forme .
cordialement
coutellier fabien