Ils = le maire et son équipe. Pas une fois «ils» n'oublient de se faire mousser en présentant les diapos, les rapports des experts de tout poil financés à coup de millions d'euros, pas une fois ils n'hésitent à écraser de leur superbe de pacotille ces freluquets qui osent poser des questions. Eux ils savent, eux ils sont entourés par des «services» tout bruissant de spécialistes. Ils assènent leur vérité en matière d'urbanisme avec la certitude de détenir la science. Jamais dans l'à-peu-près. Toujours dans le projet grandiose, articulé sur tous les échelons débordants d'acronymes, de sigles abscons, déclinés à toute vitesse par les initiés. Ils causent la science.
Mais ce sont des pédants prétentieux.
Par exemple le péricentrique.

Que n'a-t'on entendu sur le péricentrique, et sur l'avenue Émile Zola.
En 2004, le maire d'alors déclarait :
Procès-Verbal du Conseil Municipal du 19/02/2004 Page 11/22
«
Projection des plans.Monsieur le Maire : "Vous avez reconnu à l'écran le chantier qui a lieu actuellement le long de la voie ferrée ; c'est la création de ce morceau qui manque dans ce que nous appelons le péricentrique c'est-à-dire le boulevard qui doit faire le tour de la Ville en utilisant des rues existantes plus le morceau qui se trouve entre la gare et la rue du Baron de Loë, à la limite d'Ambilly. C'est à l'arrivée de ce boulevard qu'il faudra évidemment aménager les carrefours :- le premier carrefour est à l'entrée d'Ambilly...»
La modestie n'est jamais de mise.
On a dépensé une petite fortune pour aménager l'avenue Émile Zola.
Par exemple, et sans compter l'avenue, on vota lors de ce conseil du 19 février 2004 l'aménagement de deux ronds-points et le recalibrage de la rue du Baron de Loë qui aura coûté :
«
L'estimation globale de l'opération s'élève à :- maîtrise ouvrage Ville : 832 500,00 € TTC - maîtrise ouvrage 2C2A : 138 946,74 € TTC»(même PV)
Et puis immédiatement après, au lieu de permettre sur ce nouvel axe un débit suffisant pour les automobiles, on s'est ingénié à en rétrécir les voies.
Et maintenant on va purement et simplement abandonner cette partie du péricentrique. La gare débouchera sur une vaste esplanade badigeonnée de «modes doux». Quoique le tram n'y allant pas par décision bureaucratique, les passagers devront marcher 500 m ou attendre 10 minutes un bus (à haut niveau de service), ce ne sera pas si doux que ça. Mais toujours est-il que c'en sera fini d'avoir la fantaisie d'emprunter la voie Apienne Annemassienne pour transiter en automobile.
Regardez le projet soumis à enquête publique (50 personnes seulement ont répondu, ce qui est un autre débat).
L'avenue Émile Zola débouche dorénavant sur un parking. Elle sera en sens unique vers la gare. Et si on n'est pas content, on peut toujours aller se faire cuire un œuf, sur le capot de sa voiture, parce que le moteur pour sûr chauffera dans les embouteillages.
Et d'ajouter :
«
Des études de trafic ont déjà été réalisées et montrent que ce plan de circulation fonctionne, y compris avec la réalisation du projet Chablais Parc.Il faut également souligner que l’amélioration de l’offre de transports en commun (Tango et tramway notamment) va contribuer à diminuer le nombre d’automobilistes dans le cœur d'agglomération ».
C'est certain que ça fonctionne sur le papier, et dans le discours. Mais l'imbécillité centrale de ces projets délirants fonctionne aussi à plein régime. Le trou noir du système c'est la suppression de l'automobile. Comme on veut pour des raisons, certaines excellentes d'ailleurs, d'autres idéologiques à la mode de la méchante Eva Joly, en diminuer l'usage coûte que coûte, on l'efface presque totalement du projet. Alors que tout montre au contraire qu'on ne réussira pas à diminuer significativement son usage dans une région où 5% du trafic seulement emprunte les transports en commun.
Sans compter non plus sur l'insuffisance des parkings autour de la gare. L'esprit technocratique répondant que les automobilistes qui voudront gagner la gare pourront parquer leur véhicule aux entrées de la ville, puis emprunter des modes doux. Mais c'est Bon Dieu bien sûr !
La réalité donc c'est l'amateurisme qui se découvre sous l'arrogance du discours.
Ce qui pose une question en termes politiques. Les élus sont-ils les mieux placés pour engager l'avenir à coup d'urbanisme enchâssé dans le verbiage technocratique ? La réponse est manifestement négative. Et pourtant l'urbanisme est un enjeu décisif pour les décennies à venir. Si bien qu'il faut impérativement que les citoyens se chargent de leur destin. Les outils mis en œuvre actuellement sont insuffisants. Le peuple ne réagit pas parce qu'il fuit les comités du type soviet qu'on leur propose en matière d'association. Ainsi l'enquête publique pour le projet du «pôle d'échange multimodal» qui intéresse pourtant tout le monde. 50 personnes en tout et pour tout se sont manifestées. La réunion publique a connu un peu plus de succès, mais on se félicite de ce qu'il y ait pu s'y retrouver une centaine de personnes. Ôtez les conseillers municipaux, les employés municipaux, les experts en expertise, les conjoints des premiers, ceux qui sont entrés dans la salle par hasard, et le résultat est impressionnant si on le compare au 60000 habitants de l'agglomération directement concernés. Mais c'est la procédure prévue au code de l'urbanisme. Insuffisante mais légale.
Il faut donc trouver d'autres méthodes. Il y en a une qui peut se superposer à la procédure d'enquête. Il faut que les citoyens aient conscience de l'enjeu. Il y a une institution également légale : le référendum municipal.
La majorité municipale n'en veut pas. Il paraît que dans les référendums les citoyens consultés ne répondent jamais à la question posée, mais à celle implicite que tout pouvoir pose en permanence : est-ce que vous m'aimez ? La critique se poursuit en soulignant que l'affaire est complexe, et sous entend que les «gens» n'y comprennent rien, et qu'au surplus ils votent pour des programmes à chaque élection.
Justement non. Ce qui se passe pour ce projet est significatif. Jamais il n'a été dit nulle part dans le programme de l'actuelle majorité que l'avenue Émile Zola serait vidée de son sens (!). La question n'a pas été posée, et pourtant elle intéresse tout le monde. La critique du référendum est donc vaine.